Qu’Appelle-t-on La Nouvelle Vague du Cinéma Français ?

François Truffaut, réalisateur de la Nouvelle Vague Française

François Truffaut (Photo : Nijs, Jac. de / Anefo., CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons)

Pendant des décennies, la production cinématographique grand public, en particulier à Hollywood, a établi les normes et les “règles” sur la façon de faire un film. Les cinéastes français ont compris ces règles… et les ont jetées par la fenêtre. La Nouvelle Vague française est un mouvement cinématographique des années 1950 et 1960 et l’un des plus influents de l’histoire du cinéma. À la fin des années 50, un groupe d'amoureux du cinéma rédigeant des critiques pour la revue les Cahiers du Cinéma, estime que les films ont perdu leur capacité à capturer la véritable émotion humaine et manquent de sincérité. Ils ont le sentiment que les films ne correspondent pas à la façon dont les gens vivent réellement. Ce constat donne naissance à un nouveau type de cinéma très progressiste, révolutionnaire pour le cinéma grand public et caractérisé par le rejet des traditions cinématographiques.

Si la Nouvelle Vague n’a peut-être jamais été un mouvement formellement organisé, ses cinéastes ont été liés par leur rejet de la “qualité française”  (ou encore “cinéma de papa”), un cinéma de studio, enfermé dans une tradition de savoir-faire et de la qualité qui enlève à l'authenticité du récit, qui dominait alors le paysage cinématographique français. En plus d’être faits pour impressionner plutôt qu’exprimer, ces films donnent généralement à leurs réalisateurs très peu de liberté ou de contrôle créatif, et répondaient davantage aux caprices commerciaux des producteurs.

Les réalisateurs du mouvement tels que François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Eric Rohmer, Jacques Rivette, Louis Malle, Alain Resnais, Agnès Varda et Jacques Demy commencent à réfléchir à ce qui pourrait rendre le médium du cinéma spécial. Truffaut donne le ton en déclarant : “Le film de demain ne sera pas réalisé par des fonctionnaires de la caméra, mais par des artistes pour qui le tournage d'un film constitue une aventure formidable et exaltante. Le film de demain ressemblera à celui qui l'a tourné et le nombre de spectateurs sera proportionnel au nombre d'amis que possède le cinéaste. Le film de demain sera un acte d'amour.”

Parmi les caractéristiques de la Nouvelle Vague, on peut observer :

  • Des tournages en extérieur, avec des décors naturels, souvent des plans de la ville
  • Un éclairage naturel, avec une lumière rarement ajustée
  • Un enregistrement sonore direct, les réalisateurs assistant même rarement au mixage du film
  • Des prises longues
  • Des caméras plus petites et légères, portées sur l'épaule et donc “libérées”, donnant de l’énergie aux films.
  • Un montage non linéaire et fragmenté : Au lieu que chaque plan A mène logiquement au plan B, le mouvement fait la part belle aux coupes franches, donnant parfois l'impression que les plans des personnages sautent de l'un à l'autre.
  • Des tournages à petits budgets, avec des acteurs à l'époque peu connus, des dialogues souvent improvisés et des équipes minimales.
  • Des histoires simples, souvent autobiographiques, avec des thèmes existentialistes.
  • Des films souvent engagés, quoique parfois indirectement, dans les bouleversements sociaux et politiques de leur époque.

Vous ne savez pas par quoi commencer ? Ces 5 films de la Nouvelle Vague du cinéma français devraient vous donner une idée du mouvement.

 

Les 400 Coups, 1959

 

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Ce film marque les débuts du réalisateur François Truffaut. Tourné au DyaliScope, il met en vedette Jean-Pierre Léaud, Albert Rémy et Claire Maurier. Écrit par Truffaut et Marcel Moussy, le film est centré autour d'Antoine Doinel, un jeune garçon qui a grandi à Paris dans les années 1950. Mal compris par ses parents et tourmenté à l’école pour ses problèmes de discipline, le personnage d'Antoine s'avère être inspiré de l'enfance du réalisateur lui-même.

Filmé à Paris et à Honfleur, c’est le premier d’une série de cinq films dans lesquels Léaud incarne le personnage semi-autobiographique.

Les 400 Coups a reçu de nombreux prix et nominations, dont le Prix du meilleur réalisateur du Festival de Cannes, le Prix OCIC et une nomination à la Palme d’Or en 1959. Le film compte 4,1 millions d’entrées en France, ce qui en fait le film le plus réussi de Truffaut.

 

Jules et Jim, 1962

Ce troisième long-métrage de François Truffaut raconte l'histoire captivante d’amour et d’amitié entre trois protagonistes, sur une période de vingt-cinq ans. Un travail , plein de techniques de narration innovantes, et courant la gamme des émotions, de la joie de vivre à la tragédie

Les personnages éponymes, Jules (Oskar Werner) et Jim (Henri Serre), bohémiens à la Belle Époque parisienne, sont obsédés par une sculpture classique représentant une femme au sourire énigmatique. Lorsque une femme séduisante à l'esprit libre nommée Catherine (Jeanne Moreau), incarnation vivante de leur idéal, entre dans leur vie avec fracas, les meilleurs amis sont électrisés par sa force vitale. Une femme peut-elle aimer deux hommes à la fois et ne pas se mettre entre eux? L’amitié des hommes peut-elle résister à sa volatilité ?

Ce film est également moderniste dans son traitement de l'image. Truffaut y intercale des séquences de films muets qui, juxtaposées aux séquences ensoleillées, donnent au film son authenticité Belle Époque, sans l'aspect collet monté.

 

À bout de souffle, 1960

 

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À bout de souffle est un film dramatique criminel français de 1960 écrit et réalisé par Jean-Luc Godard. Il met en vedette Jean-Paul Belmondo dans le rôle d'un criminel en fuite nommé Michel, et Jean Seberg dans le rôle sa petite amie américaine, Patricia. Le film est le premier long métrage de Godard et représente la percée de Belmondo en tant qu’acteur.

C'est l’un des exemples les plus anciens et les plus influents du cinéma de la nouvelle vague. Avec Les 400 coups de François Truffaut et Hiroshima Mon Amour d’Alain Resnais sortis un an plus tôt, l’attention internationale se porte sur de nouveaux styles de cinéma français. À bout de souffle plaît donc pour son style visuel audacieux, et notamment l’utilisation non conventionnelle de coupes franches dans le montage.

Lors de sa première sortie en France, le film a attiré plus de 2 millions de spectateurs. Depuis, il est considéré comme l’un des meilleurs films jamais réalisés, apparaissant dans les sondages de la revue Sight & Sound à plusieurs reprises. En mai 2010, une version entièrement restaurée du film est sortie aux États-Unis pour coïncider avec le 50e anniversaire du film.

 

Le Mépris, 1963

 

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Le Mépris est un film dramatique écrit et réalisé par Jean-Luc Godard, d’après le roman italien du même nom  écrit par Alberto Moravia. Il met en vedette Brigitte Bardot, Michel Piccoli, Jack Palance et Giorgia Moll.

Paul Javal (Michel Piccoli), un jeune dramaturge français qui a trouvé le succès commercial à Rome, accepte une offre du vulgaire producteur américain Jeremy Prokosch (Jack Palance), l'invitant à retravailler le script pour l’adaptation à l’écran de l’Odyssée du réalisateur allemand Fritz Lang. L’épouse de Paul, Camille Javal (Brigitte Bardot), le rejoint à Cinecittà. Dans une atmosphère de non-dits et de procès d'intention, un malaise subtil s'installe rapidement entre Paul et Camille.

Le Mépris a été filmé en Italie où l'histoire se déroule, avec des tournages aux studios Cinecittà à Rome et à la Casa Malaparte sur l’île de Capri. Dans une séquence, les personnages joués par Piccoli et Bardot errent dans leur appartement, alternant disputes et réconciliations. Godard a filmé la scène sous la forme d’une longue série de travellings, en lumière naturelle et en temps quasi réel.

Godard racontera dans une interview au New-York Times en 1963 que sa tendance à pousser les acteurs à improviser le dialogue “au moment culminant de la création” les a souvent déconcertés. “Ils se sentent souvent inutiles […] Pourtant, ils m’apportent beaucoup… J’en ai besoin, tout comme j’ai besoin du ressenti et des couleurs de décors réels pour l’atmosphère et la création. »

 

Pierrot le Fou, 1965

 

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Pierrot le Fou est le dixième long-métrage réalisé par Jean-Luc Godard, avec Jean-Paul Belmondo et Anna Karina. Le film est basé sur le roman Obsession écrit par Lionel White en 1962. L’intrigue suit Ferdinand, un homme marié malheureux et récemment licencié, qui fuit sa vie ennuyeuse et part vers la mer Méditerranée avec Marianne, son ex-petite amie, qui s'avère être poursuivie par des tueurs à gages. Ils mènent une vie peu orthodoxe, toujours en fuite, poursuivis par la police et par des gangsters. Une fois installés sur la Côte d'Azur, leur relation se tend irrémédiablement…

Comme beaucoup de films de Godard, le script n’a été rédigé qu’à la veille du tournage, et de nombreuses scènes ont été improvisées par les acteurs. Pierrot le fou met en scène des personnages qui brisent le “quatrième mur” en regardant la caméra directement. Le film présente de nombreuses caractéristiques du mouvement pop art, faisant constamment référence à divers éléments de la culture de masse, et employant une esthétique visuelle intentionnellement criarde basée sur les couleurs primaires vives.

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Alexia Allard

Alexia Allard est rédactrice collaboratrice pour My Modern Met et traductrice à Londres. On peut souvent la trouver en train de restaurer des meubles anciens, flâner dans les brocantes, ou visiter les monuments historiques anglais.
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